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Originaire de Genève, Nabila est initiée dès
l’âge de dix ans au théâtre, à la
danse et au travail du masque, au sein du théâtre Les
Montreurs d’Images. C’est là qu’elle
commence la flûte et découvre les musiques roumaines
enseignées par le musicien Iovita Haralambie ainsi que quelques
polyphonies des Balkans enseignées à tous les membres
de la troupe. Plus tard, elle chante Georges Brassens en s’accompagnant à la
guitare, mais aussi Piaf, sensible à cette espèce de
rage de vivre qu’elle incarne dans son chant.
Cette intensité, cette énergie à la fois dramatique
et lumineuse, proche du blues ou du rembetiko, Nabila la trouvera
dans les musiques des Balkans, et en particulier dans celles des
tsiganes. Leur musique est comme un théâtre, évoquant
un monde qui la touche et dans lequel elle se reconnaît. Le
roumain, le serbo-croate et le grec sont des langues que Nabila chante,
parfois comme une instrumentiste, s’intéressant aux
mouvements et aux intonations vocales pour évoquer l’esprit
de la musique, parfois comme une conteuse racontant une histoire,
lorsque les mots l’y invitent.
C’est à New York, où elle vit entre 1987 et
1992 et engagée comme « performer » par
le Bread & Puppet
Theater, qu’elle commence à chanter
cette musique en s’accompagnant à l’accordéon
qu’elle apprend en autodidacte. Elle forme un duo avec son
mari, le trompettiste américain Dave Douglas ; ensemble
ils découvriront des musiques provenant de différentes
régions de l’ex-Yougoslavie et de Bulgarie.
De retour à Genève en 1992, la rencontre avec le violoniste
Roland Kneubhüler lui fait découvrir de nouveaux horizons
balkaniques, en particulier les chants du folklore roumain redécouverts
par la célèbre chanteuse roumaine Maria Tànase.
Avec le percussionniste Sylvain Fournier et le trompettiste Rafaël
Anker, remplacé depuis 2005 par Ludovic Lagana, Nabila continue
son exploration des richesses musicales d’Europe centrale tout
en créant un style qui lui est propre.
Parallèlement, Nabila fonde, en 1993, la chorale « Les
Anges de Monbrillant », dans laquelle elle développe
encore aujourd’hui une pédagogie musicale basée
sur un répertoire de musique des Balkans et d’ailleurs,
en collaboration depuis 1999 avec le compositeur Julien Pinol, qui
signe certains arrangements.
Nabila anime régulièrement des stages de chant dans
diverses écoles et institutions. Elle a dirigé pendant
dix ans une chorale de personnes âgées, animé durant
deux ans un moment de chant avec des détenues à la
prison de Champ Dollon, conduit des ateliers au sein des Hautes Ecoles
de Travail Social à Genève et Fribourg ainsi qu’à la
Manufacture, Haute Ecole de Théâtre à Lausanne.
Elle collabore actuellement avec les Ateliers
d’ethnomusicologie de Genève pour initier
des modules de chants des Balkans dans les écoles primaires.
Dans toutes ces circonstances, Nabila invite à la découverte
et à la rencontre des voix.
« Nabila est une artiste atypique dans le monde culturel
d’aujourd’hui, un monde formaté par toutes sortes de
critères aussi éloignés que possible de ceux
qui font l’artiste véritable : le talent et l’inspiration. Son talent, elle
le démontre par son charisme et sa présence
scénique, par sa force de conviction quand elle dirige la chorale
« Les Anges de Monbrillant », et par
l’art qu’elle a de capter l’attention de ses auditeurs,
presque instinctivement, en les invitant à la suivre dans
les chemins parfois tortueux des musiques qu’elle interprète.
Quand à son inspiration, elle la puise aux sources vives des
traditions populaires, qu’elles soient d’ici, lorsqu’elle
interprète Piaf ou Brassens, ou – surtout – d’ailleurs,
quand elle fait sienne les mélodies des tsiganes et autres
baladins des Balkans et d’Europe orientale.
Dans ce dernier domaine Nabila est particulièrement convaincante
car, au-delà des différences de langue et de style,
elle a trouvé un monde qui lui est proche, un monde fait d’émotions
fortes, de senteurs âpres et d’énergies communicatives. »
Laurent Aubert
Ateliers d’ethnomusicologie, Genève

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